Jean-François Berger
Nouvelles

Interview de Jean-François Berger dans le Monde Economique

Jean-François Berger, pourriez-vous nous parler de l’œuvre que vous avez choisi de nous présenter aujourd’hui ?

Cette peinture s’intitule Femme II. Je l’ai menée à bien l’année dernière. C’est une huile sur toile de petite dimension, 28x17cm.
Elle s’est en quelque sorte invitée d’elle-même…ce que je veux dire, c’est que j’ai commencé par peindre sur une partie sacrifiée d’une autre toile de plus grande dimension. L’autre toile vit sa vie à part depuis une dizaine d’années. Mais j’avais gardé cette bande de toile dans un coin en me disant que je pourrais peut-être un jour en faire quelque chose. Lorsque je l’ai exhumée de mon tas de projets dormants, je me suis lancé dans quelque chose qui évoquerait une rue en diagonale. Avec une contrainte bien définie, à savoir conserver et exploiter les deux touches très marquées de bleu royal du reste de la toile initiale. La femme marchant dans le bas de la toile s’est pour ainsi dire construite en s’habillant de la touche bleue du bas de toile. Tout cela est allé très vite. La rue, je voulais qu’elle soit du même tonneau, enlevée en quelques coups de pinceaux, sans trop de fignolage.

Parmi toutes vos œuvres, pourquoi avoir choisi celle-ci en particulier ?

Pour deux raisons. D’abord cette femme marchant dans la rue, dans une ville non définie, est une scène du quotidien, sans recherche particulière d’effet de lumière ou d’architecture. C’est un personnage dans toute sa présence anonyme, sans que je sache ni d’où elle vient, ni où elle va. La deuxième raison tient au fait que c’est une oeuvre toute récente, qui s’arcboute sur un fond ancien. Comme si on avait deux époques picturales fusionnées sur une seule toile..

Dans quelle mesure, cette œuvre est-elle représentative de votre travail artistique ?

Cette femme dans la rue, c’est un sujet simple voire banal, qui s’inscrit dans une thématique qui m’est chère, celle de la ville. Que ce soit ma ville ou une ville imaginaire. J’aime peindre la rue, si propice aux rencontres et à l’inattendu.

A ce propos, comment définiriez-vous votre approche artistique ?

Pour moi, la magie de la peinture à l’huile passe par son élasticité matérielle, très propice à l’expression même du réel. La réalité qui s’offre au regard, on peut l’élaguer, comme un arbre. Elle est fugace et varie sous l’effet de la subjectivité de chacun. Le défi, c’est de parvenir à faire retentir une vibration intérieure à partir d’un thème d’inspiration. Qu’il s’agisse d’une atmosphère, du quotidien, avec ou sans figurants. Traduire une atmosphère, c’est parfois possible par un subtil mélange de la technique et de l’harmonie générale des formes et des couleurs. Se laisser envahir par un sujet fait pleinement partie du voyage pictural. Qui peut être vide, stérile, raté. Ces moments-là, il faut les traverser, surtout ne pas désespérer. Et persévérer dans l’approfondissement du sujet, comme le photographe du film d’Antonioni, Blow-Up, qui finit par découvrir quelque chose d’intéressant tapi dans l’ombre du feuillage. Ce qui est frappant, c’est l’alternance entre des toiles « commises » laborieusement et d’autres qui surgissent à l’issue d’une course courte et fluide, à l’instar de nos états d’âmes si variables.

Je pense que plus j’arrive à m’éloigner, chemin faisant, d’une piste de départ bien -trop bien ?- définie, mieux je me porte. Il faut arbitrer la lutte entre le préconçu et l’intuition. Sans entrer dans une systématique. La ville de nuit, au couchant ou juste à l’aube, ce parfum de ville, une inquiétude cachée dans un visage aperçu depuis la terrasse d’un café, des passants nonchalants ou pressés, voilà des sujets qui me font de l’oeil et ouvrent tant de pistes incertaines.

Voir l’article dans le Monde Economique

Articles similaires

Leave a Comment

%d blogueurs aiment cette page :